mercredi 18 mai 2011

Un tournant important au cœur de la tempête européenne…

Felipe Van Keirsbilck fait partie de la délégation CSC. C’est lui qui dirige la CNE, notre centrale des employés. Nous lui avons demander de nous donner ses impressions du Congrès.

"Qui aurait imaginé, quand le Congrès de la CES a été fixé en mai 2011 à Athènes, à quel point cette date et ce lieu seraient au cœur d’une tempête sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne ?

La Grèce a été le premier pays européen à se retrouver au bord de la faillite (danger qui n’est d’ailleurs pas écarté …) et à recevoir à ce titre la visite des experts du FMI pour un plan d’ajustement – un « privilège » qui par le passé avait été réservé aux pays du tiers-monde noyés dans leur dette. Tout comme le Mexique ou l’Argentine par le passé (et malgré que les « purges » imposés soient ici moins dures) le peuple grec a bien des raisons de trouver amère la potion des médecins du FMI (et de la commission européenne) : baisse des salaires et de l’emploi public, hausse des taxes sur les ménages, dans un pays qui était déjà en difficulté, et qui devra consacrer d’énormes moyens à rembourser une dette que les citoyens grecs ne voient pas comme la leur … Après les remarques blessantes de certains dirigeants européens sur les pays du « club Med », le refinancement (cher payé) de la dette grecque fait grincer les dents ici, et rend l’Europe très impopulaire. Au point que les délégués au Congrès de la CES ont été accueillis par quelques dizaines de manifestants qui nous criaient « bureaucrates de la CES, go home » … C’est une expérience inhabituelle pour nous d’être de ce côté-là de la protestation …

L’agitation est liée au lieu, mais bien plus encore au calendrier. La crise de 2008 a profondément déstabilisé l’Union européenne ; et après que 2009 ait laissé entendre des espoirs de changements profonds (Sarkozy lui-même promettait de réformer le capitalisme, on allait mettre fin à l’arrogance du monde financier, etc) les pires habitudes sont revenues dès 2010 : du côté des entreprises (et des banques en particulier), le profit à n’importe quel prix, et des bonus éhontés pour leurs dirigeants ; et du côté des politiques, faire payer la crise aux travailleurs, avec des plans d’austérité qui aggravent les inégalités et la précarité … et risquent fort de prolonger la crise !

Ces mauvaises réponses ont conduit à douter gravement de la viabilité même de l’Euro – tout comme les récentes gesticulations de Silvio Berlusconi au sujet du soi-disant afflux massif de migrants tunisiens ont fait vaciller les règles de Schengen sur la libre circulation. Mais au lieu de remettre en cause les racines du mal, les dirigeants européens vont encore plus loin dans la mauvaise direction, avec les projets calamiteux de gouvernance économique (voir une réponse possible sur www.oureurope.org – et le débat CSC le 31 mai au soir à Bouge) et le sinistre « Pacte pour l’Euro » que nous avons dénoncé vigoureusement au Heysel le 24 mars."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire