mercredi 18 mai 2011

La Grèce a besoin d'air pour respirer

Nous avons demandé à Guy Van Gyes, chercheur à HIVA (un institut de recherche qui étudie les questions liées au travail), qui collabore étroitement avec la CSC, de nous donner ses impressions sur le Congrès.

« Athènes, une vraie ville du Sud avec le blanc de ses maisons et le bleu ensoleillé du ciel. Surtout au printemps, quand la ville n’est pas encore écrasée sous la chaleur de l’été. Pour un visiteur du Nord, ces aspects de la ville sont très agréables. Mais très vite, on réalise que la situation dans la ville est trouble. Partout des policiers. Le journal parlé grec annonce que des bandes de jeunes ultranationalistes ont attaqué des immigrants dans les bas quartiers de la ville. 25 blessés.

Les raisons de ces troubles croissants sont faciles à identifier. Un collègue universitaire grec nous a raconté les conséquences des politiques de crise pour le travailleur moyen. Il faut savoir que la Grèce – dont la population est équivalente à celle de la Belgique – est un pays dont les salaires sont assez bas, avec des problèmes sur le marché du travail dont la gravité surprend. Au début de la crise, le pays comptait 640.000 chômeurs ; 700.000 travailleurs avec un statut flexible et, d’après les estimations, environ un million de travailleurs dans le secteur informel (le travail au noir). On s’attend à ce qu'à la fin de l’année, le chômage touche 1.140.000 personnes. Plus d’un jeune (moins de 35 ans) sur trois est au chômage. Les allocations de chômage sont versées pendant maximum un an et sont fixées forfaitairement à 55% du salaire minimum national. Environ 45% des travailleurs sans emplois seulement reçoit encore une allocation.

Le temps de travail a été augmenté à 40 heures. Dans le secteur public, les réductions de salaire ont été jusqu’à 25%. Dans le secteur privé, les salaires stagnent complètement, et on remet en question les règles de licenciement et la rémunération des heures supplémentaires. Ces heures supplémentaires sont, pour beaucoup de gens, indispensables pour finir le mois. Un grand nombre de contrats à temps plein ont été convertis en contrats à temps partiel (avec la perte de revenus qui s’en suit). Avant la crise, l’évolution des salaires était fortement déterminée par des négociations nationales, interprofessionnelles, sur le salaire minimum. Aujourd’hui, les entreprises ont la possibilité de se soustraire aux conventions collectives sectorielles et autres.

Baisse de l’emploi, baisse de la rémunération du travail, hausse de la précarité du travail… Dans un sondage, sept jeunes grecs avec un diplôme universitaire sur dix déclarent qu’ils recherchent un travail à l’étranger, cherchant à échapper à cette situation catastrophique. »

C’est ça, le projet de gouvernance économique qu’on essaie de nous vendre au niveau européen…

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