Mardi soir, nous avons assisté à une deuxième table-ronde sur les inégalités de revenus croissantes en Europe. Y participaient László Andor, commissaire européen pour l’emploi, les affaires sociales et l’égalité des chances, ainsi que Gloria Mills, du comité des femmes de la CES, des représentants syndicaux espagnol, français, luxembourgeois, autrichien, mais aussi belge, puisque Claude Rolin y a participé pour la CSC.
Andor a supris le public en disant que, si les inégalités de revenus ont augmenté depuis une trentaine d’années, elles se sont stabilisées dans les cinq dernières années avant la crise. Il a reconnu qu’il s’agissait d’un chiffre moyen, qui cachait des disparités importantes entre les pays d’Europe. Il a aussi reconnu que les inégalités étaient trop grandes, en faisant notamment référence aux rémunérations hallucinantes et totalement injustifiées des PDG d’entreprise.
Candido Mendez, du syndicat espagnol UGT-E, a riposté que ce que la Commission Européenne dit le matin, elle le contredit l’après-midi, puisque à côté de cela la Commission veut instaurer une gouvernance économique en Europe qui aura pour conséquence d’accroître les inégalités ! (applaudissements).
Claude Rolin a mis en question les chiffres d’Andor, en disant que les inégalités de revenus étaient déjà importantes, et qu’elles se sont encore aggravées dans de nombreux pays, même si, il est vrai, dans une proportion moindre dans d’autres.
C’est justement dans les pays qui peuvent compter sur les stabilisateurs automatiques que sont la sécurité sociale, les services publics, les dispositifs de chômage temporaire pour partager le travail, et aussi les dispositifs de préservation du pouvoir d’achat contre l’inflation (notre système d’indexation, donc), que les inégalités de revenus ont le moins augmenté. Mais au-delà de l’analyse, le plus important est de trouver des solutions pour réduire ces inégalités. Et cela n’est possible qu’en renforçant – et pas en déforçant ! – les dispositifs de redistribution : la fiscalité progressive, avec une base la plus large possible.
Une autre question essentielle, selon Claude Rolin, est ce que nous, en tant que syndicats, pouvons faire sur notre propre terrain, la négociation collective. Les syndicats doivent aussi prendre leurs responsabilités. Et cela commence par l’intégration par le plus de travailleurs possible, y compris les plus vulnérables, dans les syndicats.
Les inégalités de revenus sont un cancer, a conclu Claude Rolin, aussi parce qu’elles sont le terreau du populisme et du totalitarisme.
Andor, malgré qu’il n’a avancé aucune solution concrète pour la lutte contre les inégalités, a quand-même marqué un point en plaidant pour l’introduction d’une taxe sur les transactions financières en Europe, même si elle n’est pas introduite au niveau mondiales, une revendication de longue date du mouvement syndical.
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