Impression générale : où est l’Europe ?
S’il y a une impression qui domine cette Conférence, c’est bien la timidité de l’Europe, qui donne franchement l’impression d’avoir perdu ses repères, ses valeurs.
C’est probablement dans le domaine de la sécurité sociale, le plus général et le plus politique des sujets à l’ordre du jour, que cela apparaît avec le plus d’acuité.
On a expliqué ailleurs sur ce blog (voir : l’OIT et la Sécurité sociale) que le groupe des employeurs avait essayé de récuser les excellents rapports établis par le BIT, qui voient une réelle « fenêtre d’opportunité » pour réaffirmer les valeurs de la sécurité sociale après deux décennies de stagnation liées à la vague néo-libérale. Leur argument était que le BIT essayait d’exporter un « modèle européen » à des pays qui n’en ont que faire. Or, les uns après les autres,la grande majorité des gouvernements se sont au contraire affirmés tout à fait intéressés par cette approche. Avec parfois des accents passionnés agréables à entendre dans une enceinte internationale plutôt compassée, notamment de la part de pays d’Amérique latine (l’Argentine, le Brésil, le Chili, l’Uruguay) ou des pays d’Afrique du Nord récemment « libérés » (Tunisie, Egypte). Avec généralement un vocabulaire plus convenu, mais non moins clair, de la part des pays « émergents » d’Asie, au premier rang desquels la Chine, l’Inde et la Corée.
Dans ce concert, l’Union européenne s’est distinguée par une déclaration très « H²O » (incolore, inodore, insipide). On aurait pu croire que c’était lié au fait que l’Union est représentée par le gouvernement très conservateur de la Hongrie, voire à la personnalité de la porte-parole. Mais selon des témoignages concordants, la porte-parole s’est au contraire évertuée à adoucir les angles devant des positions très dures de pays commele Royaume Uni, voire l’Allemagne et les Pays-Bas.
Pour reparler des rapports du BIT, certains de leurs « mauvais points » concernaient des éléments de programmes néo-libéraux imposés aux pays du Tiers Monde, notamment le cas emblématique des pensions privées au Chili. Mais plusieurs autres concernaient la marchandisation des soins de santé, la foi aveugle accordées aux pensions privées en capitalisation, voire la dilution de la notion d’emploi convenable par certaines politiques dites d’Etat social actif, et d’autres aspects, bel et bien caractéristiques de la politique européenne des dernières années.
Des anecdotes du même type fusent des autres commissions.
A la commission du travail domestique, la CSC est représentée par Pia Stalpaert, de la CSC Alimentation et Service, mais aussi par sœur Jeanne Devos, une religieuse bien connue pour avoir créé en Inde un syndicat de travailleurs domestiques. Selon le compte-rendu des travaux par la porte-parole du groupe des travailleurs, une syndicaliste de Singapour, les principales objections contre une convention destinée à établir un socle mondial de protection des travailleurs domestiques, proviendraient de l’Union européenne, a priori la partie du monde la plus avancée dans le domaine ! Cela se traduit, bien évidemment, par une perte d’influence des syndicats européens dans le groupe des travailleurs, au profit, encore une fois, de l’Amérique latine et de l’Asie.
A la Commission des Normes, a été évoquée une plainte des syndicats grecs contre les mesures d’austérité négociées en 2010 par le gouvernement avec les pays de la zone Euro et leFMI, notamment des réductions de salaires dans la fonction publique et des restrictions sensibles dans les pensions. Le gouvernement grec, confronté à des échéances financières à court terme, semble faire profil bas, à un moment où les journaux européens distillent jusqu’à la nausée des anecdotes juteuses sur la gabegie grecque (des pensions payées à des bénéficiaires décédés ; l’incapacité de l’Etat à privatiser « dans de bonnes conditions » des entreprises publiques), qui ressemblent furieusement aux attaques venues naguère de Flandre sur les « abus wallons » dans la sécuritésociale.
Car, en l’occurrence, il semble bien que le FMI ait bon dos : les positions de négociation les plus dures ne semblent pas venir de cette institution internationale, volontiers diabolisée comme l'incarnation du néo-libéralisme, mais des gouvernements « frères » de la zone Euro, qui semblent bien dominés par une droite qui ne mérite même plus d’être appelée « libérale ».
Congrès CES à Athènes
mercredi 8 juin 2011
vendredi 20 mai 2011
La CSC au 12ème congrès de la CES à Athènes
Un tournant important au cœur de la tempête européenne … et quelques nouveaux visages.
Qui aurait imaginé, quand le Congrès de la CES a été fixé en mai 2011 à Athènes, à quel point cette date et ce lieu seraient au cœur d’une tempête sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne ?
La Grèce a été le premier pays européen à se retrouver au bord de la faillite (danger qui n’est d’ailleurs pas écarté …) et à recevoir à ce titre la visite des experts du FMI pour un plan d’ajustement – un « privilège » qui par le passé avait été réservé aux pays du tiers-monde noyés dans leur dette. Tout comme le Mexique ou l’Argentine par le passé (et malgré que les « purges » imposés soient ici moins dures) le peuple grec a bien des raisons de trouver amère la potion des médecins du FMI (et de la commission européenne) : baisse des salaires et de l’emploi public, hausse des taxes sur les ménages, dans un pays qui était déjà en difficulté, et qui devra consacrer d’énormes moyens à rembourser une dette que les citoyens grecs ne voient pas comme la leur … Après les remarques blessantes de certains dirigeants européens sur les pays du « club Med », le refinancement (cher payé) de la dette grecque fait grincer les dents ici, et rend l’Europe très impopulaire. Au point que les délégués au Congrès de la CES ont été accueillis par quelques dizaines de manifestant qui nous criaient « bureaucrates de la CES, go home » … C’est une expérience inhabituelle pour nous d’être de ce côté-là de la protestation …
L’agitation est liée au lieu, mais bien plus encore au calendrier. La crise de 2008 a profondément déstabilisé l’Union européenne ; et après que 2009 ait laissé entendre des espoirs de changements profonds (Sarkozy lui-même promettait de réformer le capitalisme, on allait mettre fin à l’arrogance du monde financier, etc) les pires habitudes sont revenues dès 2010 : du côté des entreprises (et des banques en particulier), le profit à n’importe quel prix, et des bonus éhontés pour leurs dirigeants ; et du côté des politiques, faire payer la crise aux travailleurs, avec des plans d’austérité qui aggravent les inégalités et la précarité … et risquent fort de prolonger la crise !
Ces mauvaises réponses ont conduit à douter gravement de la viabilité même de l’Euro – tout comme les récentes gesticulations de S Berlusconi au sujet du soi-disant afflux massif de migrants tunisiens ont fait vaciller les règles de Schengen sur la libre circulation. Mais au lieu de remettre en cause les racines du mal, les dirigeants européens vont encore plus loin dans la mauvaise direction, avec les projets calamiteux de gouvernance économique (voir une réponse possible sur www.oureurope.org – et le débat CSC le 31 mai au soir à Bouge) et le sinistre « Pacte pour l’Euro » que nous avons dénoncé vigoureusement au Heysel le 24 mars.
Dans cette situation exceptionnellement difficile pour l’UE, la CES était elle-même fragilisée par le renouvellement presque total de son équipe dirigeante. Il est difficile d’organiser un événement aussi vaste qu’un Congrès avec près de 1.000 personnes venant de plus de 30 pays, sur base d’une équipe en plein renouvellement, et affaiblie par des départs récents. Pas mal de participants notent d’ailleurs un manque de souffle ou d’enthousiasme dans ce congrès, peut-être à cause de la prudence qu’il a fallu conserver pour l’organiser dans ces conditions-là …
Mais le plus important est l’avenir de la CES : nous sommes, à la CSC, résolument attachés à l’idée d’une Europe socialement intégrée et harmonisée, et à cet outil imparfait mais irremplaçable qu’est la CES. De ce point de vue, il est rassurant de voir que les textes qui sont adoptés sont globalement bons, et que l’action de la CES pourra donc s’appuyer sur des analyses justes et des principes de progrès social. Il est aussi rassurant de voir arriver une nouvelle équipe complète, apparemment unie et déterminée. A sa tête, pour remplacer John Monks dans la fonction éprouvante mais essentielle de Secrétaire Général de la CES, arrive une syndicaliste que nous connaissons bien, à la LBC et à la CNE, et que nous avons toujours eu à cœur de soutenir : Bernadette Ségol, qui était jusqu’hier la responsable de UNI Europe (UNI est l’internationale syndicale des employés et des services). Dans ses responsabilités à UNI, Bernadette a toujours montré une énergie infatigable, un très grand sens de l’écoute et une attention continue à la recherche du consensus dans des équipes ou des instances par nature complexes, internationales et interculturelles. Lors du dernier Congrès de la CNE, elle était venue faire un important discours de clôture, plein d’énergie et de mobilisation pour cette Europe dont elle est une militante passionnée.
Sous la direction de Bernadette, UNI Europe avait joué, il y a quelques années, un rôle important dans la dénonciation des dangers de la directive « Bolkestein » et dans le suivi des conséquences de la directive « services » qui lui a succédé. Espérons qu’autour d’elle la nouvelle équipe qui animera la CES après ce Congrès aura la même efficacité, la même pugnacité et la même unité pour lutter contre les pires dangers du « Pacte pour l’Euro » et de la mauvaise gouvernance économique … Nous comptons beaucoup sur la CES (et sur Bernadette et son équipe) : elle sait aussi qu’elle pourra compter sur la CSC !
Felipe Van Keirsbilck
mercredi 18 mai 2011
Congrès CES d’Athènes, plus de femmes à la manœuvre !
En 2007, lors du précédent Congrès de la CES de Séville, le Comité des Femmes attire l’attention des organisations membres à la question de la participation des femmes à l’action syndicale de la CES. Le constat est clair, trop peu de femmes mandatées, encore beaucoup d’effort à entreprendre pour atteindre une réelle égalité entre hommes et femmes. A l’instar de la charte du gender mainstreaming des trois organisations syndicales belges, une charte CES du gender mainstreaming dans les syndicats y est adoptée.
Les quatre années qui suivent ce congrès sont riches en travaux en faveur de l’égalité de genre. La question prend une dimension plus transversale. La CES procède à une enquête annuelle auprès de ses organisations sur la présence des femmes dans les instances des organisations et sur l’aspect « genre » dans les grands domaines sociaux et syndicaux. Un cycle de conférence est organisé sur la promotion de la place des femmes dans les instances décisionnelles.
Nous voici en 2011 et le Congrès CES d’Athènes nous démontre que le travail initié par le Comité des Femmes a porté ses fruits. Le congrès compte plus de 40% de représentantes et les femmes ont particulièrement été les porte-paroles de leurs organisations.
Lors du renouvellement du secrétariat, la question de la représentation des femmes a été prise en considération. Le nouveau secrétariat élu ce 18 mai compte une secrétaire générale et trois secrétaires confédérales sur 7 postes au total.
Incontestablement, la nouvelle équipe en place nous porte à croire que l’égalité de genre dans le domaine social et syndical restera une priorité importante pour la CES.
Les quatre années qui suivent ce congrès sont riches en travaux en faveur de l’égalité de genre. La question prend une dimension plus transversale. La CES procède à une enquête annuelle auprès de ses organisations sur la présence des femmes dans les instances des organisations et sur l’aspect « genre » dans les grands domaines sociaux et syndicaux. Un cycle de conférence est organisé sur la promotion de la place des femmes dans les instances décisionnelles.
Nous voici en 2011 et le Congrès CES d’Athènes nous démontre que le travail initié par le Comité des Femmes a porté ses fruits. Le congrès compte plus de 40% de représentantes et les femmes ont particulièrement été les porte-paroles de leurs organisations.
Lors du renouvellement du secrétariat, la question de la représentation des femmes a été prise en considération. Le nouveau secrétariat élu ce 18 mai compte une secrétaire générale et trois secrétaires confédérales sur 7 postes au total.
Incontestablement, la nouvelle équipe en place nous porte à croire que l’égalité de genre dans le domaine social et syndical restera une priorité importante pour la CES.
La Grèce a besoin d'air pour respirer
Nous avons demandé à Guy Van Gyes, chercheur à HIVA (un institut de recherche qui étudie les questions liées au travail), qui collabore étroitement avec la CSC, de nous donner ses impressions sur le Congrès.
« Athènes, une vraie ville du Sud avec le blanc de ses maisons et le bleu ensoleillé du ciel. Surtout au printemps, quand la ville n’est pas encore écrasée sous la chaleur de l’été. Pour un visiteur du Nord, ces aspects de la ville sont très agréables. Mais très vite, on réalise que la situation dans la ville est trouble. Partout des policiers. Le journal parlé grec annonce que des bandes de jeunes ultranationalistes ont attaqué des immigrants dans les bas quartiers de la ville. 25 blessés.
Les raisons de ces troubles croissants sont faciles à identifier. Un collègue universitaire grec nous a raconté les conséquences des politiques de crise pour le travailleur moyen. Il faut savoir que la Grèce – dont la population est équivalente à celle de la Belgique – est un pays dont les salaires sont assez bas, avec des problèmes sur le marché du travail dont la gravité surprend. Au début de la crise, le pays comptait 640.000 chômeurs ; 700.000 travailleurs avec un statut flexible et, d’après les estimations, environ un million de travailleurs dans le secteur informel (le travail au noir). On s’attend à ce qu'à la fin de l’année, le chômage touche 1.140.000 personnes. Plus d’un jeune (moins de 35 ans) sur trois est au chômage. Les allocations de chômage sont versées pendant maximum un an et sont fixées forfaitairement à 55% du salaire minimum national. Environ 45% des travailleurs sans emplois seulement reçoit encore une allocation.
Le temps de travail a été augmenté à 40 heures. Dans le secteur public, les réductions de salaire ont été jusqu’à 25%. Dans le secteur privé, les salaires stagnent complètement, et on remet en question les règles de licenciement et la rémunération des heures supplémentaires. Ces heures supplémentaires sont, pour beaucoup de gens, indispensables pour finir le mois. Un grand nombre de contrats à temps plein ont été convertis en contrats à temps partiel (avec la perte de revenus qui s’en suit). Avant la crise, l’évolution des salaires était fortement déterminée par des négociations nationales, interprofessionnelles, sur le salaire minimum. Aujourd’hui, les entreprises ont la possibilité de se soustraire aux conventions collectives sectorielles et autres.
Baisse de l’emploi, baisse de la rémunération du travail, hausse de la précarité du travail… Dans un sondage, sept jeunes grecs avec un diplôme universitaire sur dix déclarent qu’ils recherchent un travail à l’étranger, cherchant à échapper à cette situation catastrophique. »
C’est ça, le projet de gouvernance économique qu’on essaie de nous vendre au niveau européen…
« Athènes, une vraie ville du Sud avec le blanc de ses maisons et le bleu ensoleillé du ciel. Surtout au printemps, quand la ville n’est pas encore écrasée sous la chaleur de l’été. Pour un visiteur du Nord, ces aspects de la ville sont très agréables. Mais très vite, on réalise que la situation dans la ville est trouble. Partout des policiers. Le journal parlé grec annonce que des bandes de jeunes ultranationalistes ont attaqué des immigrants dans les bas quartiers de la ville. 25 blessés.
Les raisons de ces troubles croissants sont faciles à identifier. Un collègue universitaire grec nous a raconté les conséquences des politiques de crise pour le travailleur moyen. Il faut savoir que la Grèce – dont la population est équivalente à celle de la Belgique – est un pays dont les salaires sont assez bas, avec des problèmes sur le marché du travail dont la gravité surprend. Au début de la crise, le pays comptait 640.000 chômeurs ; 700.000 travailleurs avec un statut flexible et, d’après les estimations, environ un million de travailleurs dans le secteur informel (le travail au noir). On s’attend à ce qu'à la fin de l’année, le chômage touche 1.140.000 personnes. Plus d’un jeune (moins de 35 ans) sur trois est au chômage. Les allocations de chômage sont versées pendant maximum un an et sont fixées forfaitairement à 55% du salaire minimum national. Environ 45% des travailleurs sans emplois seulement reçoit encore une allocation.
Le temps de travail a été augmenté à 40 heures. Dans le secteur public, les réductions de salaire ont été jusqu’à 25%. Dans le secteur privé, les salaires stagnent complètement, et on remet en question les règles de licenciement et la rémunération des heures supplémentaires. Ces heures supplémentaires sont, pour beaucoup de gens, indispensables pour finir le mois. Un grand nombre de contrats à temps plein ont été convertis en contrats à temps partiel (avec la perte de revenus qui s’en suit). Avant la crise, l’évolution des salaires était fortement déterminée par des négociations nationales, interprofessionnelles, sur le salaire minimum. Aujourd’hui, les entreprises ont la possibilité de se soustraire aux conventions collectives sectorielles et autres.
Baisse de l’emploi, baisse de la rémunération du travail, hausse de la précarité du travail… Dans un sondage, sept jeunes grecs avec un diplôme universitaire sur dix déclarent qu’ils recherchent un travail à l’étranger, cherchant à échapper à cette situation catastrophique. »
C’est ça, le projet de gouvernance économique qu’on essaie de nous vendre au niveau européen…
Rien ne peut être durable sans les syndicats
La CES a commencé ce Congrès avec un « Prix pour les services rendus à l’Europe sociale ». Le premier à le recevoir est Jacques Delors, qui a présidé la Commission Européenne de 1985 à 1994. Pour les syndicats, il symbolise encore une Europe qui accorde plus d’attention aux préoccupations sociales, d’autant plus qu’après ses mandats, il a continuellement critiqué le cours que prenait l’Europe.
Jacques Delors n’a pas pu venir chercher son prix pour des raisons privés, mais il a fait lire un message fort, avec un appel à une harmonisation fiscale et sociale minimale dans l’union économique et monétaire. Il a souligné trois défis :
D’abord, la volonté de certains pays de revoir le Traité de Schengen suite aux bouleversements politiques en Afrique du Nord, en remettant en question la liberté de circulation au sein de l’Union, que Delors a vivement critiquée.
Ensuite, la politique énergétique européenne. Au lendemain de la catastrophe nucléaire au Japon, il est essentiel de mettre en place une union européenne de l’énergie, exactement comme on a fait pour la monnaie unique.
Enfin, le dialogue social européen, avec un appel aux partenaires sociaux européens pour le redynamiser, dans la même ligne que les propositions intéressantes du Commissaire Barnier en matière de marché intérieur.
Jacques Delors a terminé par un bel appel au syndicalisme européen, qui est le défenseur des intérêts matériels et moraux des travailleurs. Sans vous, a conclu Jacques Delors, rien ne peut être durable.
Jacques Delors n’a pas pu venir chercher son prix pour des raisons privés, mais il a fait lire un message fort, avec un appel à une harmonisation fiscale et sociale minimale dans l’union économique et monétaire. Il a souligné trois défis :
D’abord, la volonté de certains pays de revoir le Traité de Schengen suite aux bouleversements politiques en Afrique du Nord, en remettant en question la liberté de circulation au sein de l’Union, que Delors a vivement critiquée.
Ensuite, la politique énergétique européenne. Au lendemain de la catastrophe nucléaire au Japon, il est essentiel de mettre en place une union européenne de l’énergie, exactement comme on a fait pour la monnaie unique.
Enfin, le dialogue social européen, avec un appel aux partenaires sociaux européens pour le redynamiser, dans la même ligne que les propositions intéressantes du Commissaire Barnier en matière de marché intérieur.
Jacques Delors a terminé par un bel appel au syndicalisme européen, qui est le défenseur des intérêts matériels et moraux des travailleurs. Sans vous, a conclu Jacques Delors, rien ne peut être durable.
Les inégalités sont un cancer
Mardi soir, nous avons assisté à une deuxième table-ronde sur les inégalités de revenus croissantes en Europe. Y participaient László Andor, commissaire européen pour l’emploi, les affaires sociales et l’égalité des chances, ainsi que Gloria Mills, du comité des femmes de la CES, des représentants syndicaux espagnol, français, luxembourgeois, autrichien, mais aussi belge, puisque Claude Rolin y a participé pour la CSC.
Andor a supris le public en disant que, si les inégalités de revenus ont augmenté depuis une trentaine d’années, elles se sont stabilisées dans les cinq dernières années avant la crise. Il a reconnu qu’il s’agissait d’un chiffre moyen, qui cachait des disparités importantes entre les pays d’Europe. Il a aussi reconnu que les inégalités étaient trop grandes, en faisant notamment référence aux rémunérations hallucinantes et totalement injustifiées des PDG d’entreprise.
Candido Mendez, du syndicat espagnol UGT-E, a riposté que ce que la Commission Européenne dit le matin, elle le contredit l’après-midi, puisque à côté de cela la Commission veut instaurer une gouvernance économique en Europe qui aura pour conséquence d’accroître les inégalités ! (applaudissements).
Claude Rolin a mis en question les chiffres d’Andor, en disant que les inégalités de revenus étaient déjà importantes, et qu’elles se sont encore aggravées dans de nombreux pays, même si, il est vrai, dans une proportion moindre dans d’autres.
C’est justement dans les pays qui peuvent compter sur les stabilisateurs automatiques que sont la sécurité sociale, les services publics, les dispositifs de chômage temporaire pour partager le travail, et aussi les dispositifs de préservation du pouvoir d’achat contre l’inflation (notre système d’indexation, donc), que les inégalités de revenus ont le moins augmenté. Mais au-delà de l’analyse, le plus important est de trouver des solutions pour réduire ces inégalités. Et cela n’est possible qu’en renforçant – et pas en déforçant ! – les dispositifs de redistribution : la fiscalité progressive, avec une base la plus large possible.
Une autre question essentielle, selon Claude Rolin, est ce que nous, en tant que syndicats, pouvons faire sur notre propre terrain, la négociation collective. Les syndicats doivent aussi prendre leurs responsabilités. Et cela commence par l’intégration par le plus de travailleurs possible, y compris les plus vulnérables, dans les syndicats.
Les inégalités de revenus sont un cancer, a conclu Claude Rolin, aussi parce qu’elles sont le terreau du populisme et du totalitarisme.
Andor, malgré qu’il n’a avancé aucune solution concrète pour la lutte contre les inégalités, a quand-même marqué un point en plaidant pour l’introduction d’une taxe sur les transactions financières en Europe, même si elle n’est pas introduite au niveau mondiales, une revendication de longue date du mouvement syndical.
Andor a supris le public en disant que, si les inégalités de revenus ont augmenté depuis une trentaine d’années, elles se sont stabilisées dans les cinq dernières années avant la crise. Il a reconnu qu’il s’agissait d’un chiffre moyen, qui cachait des disparités importantes entre les pays d’Europe. Il a aussi reconnu que les inégalités étaient trop grandes, en faisant notamment référence aux rémunérations hallucinantes et totalement injustifiées des PDG d’entreprise.
Candido Mendez, du syndicat espagnol UGT-E, a riposté que ce que la Commission Européenne dit le matin, elle le contredit l’après-midi, puisque à côté de cela la Commission veut instaurer une gouvernance économique en Europe qui aura pour conséquence d’accroître les inégalités ! (applaudissements).
Claude Rolin a mis en question les chiffres d’Andor, en disant que les inégalités de revenus étaient déjà importantes, et qu’elles se sont encore aggravées dans de nombreux pays, même si, il est vrai, dans une proportion moindre dans d’autres.
C’est justement dans les pays qui peuvent compter sur les stabilisateurs automatiques que sont la sécurité sociale, les services publics, les dispositifs de chômage temporaire pour partager le travail, et aussi les dispositifs de préservation du pouvoir d’achat contre l’inflation (notre système d’indexation, donc), que les inégalités de revenus ont le moins augmenté. Mais au-delà de l’analyse, le plus important est de trouver des solutions pour réduire ces inégalités. Et cela n’est possible qu’en renforçant – et pas en déforçant ! – les dispositifs de redistribution : la fiscalité progressive, avec une base la plus large possible.
Une autre question essentielle, selon Claude Rolin, est ce que nous, en tant que syndicats, pouvons faire sur notre propre terrain, la négociation collective. Les syndicats doivent aussi prendre leurs responsabilités. Et cela commence par l’intégration par le plus de travailleurs possible, y compris les plus vulnérables, dans les syndicats.
Les inégalités de revenus sont un cancer, a conclu Claude Rolin, aussi parce qu’elles sont le terreau du populisme et du totalitarisme.
Andor, malgré qu’il n’a avancé aucune solution concrète pour la lutte contre les inégalités, a quand-même marqué un point en plaidant pour l’introduction d’une taxe sur les transactions financières en Europe, même si elle n’est pas introduite au niveau mondiales, une revendication de longue date du mouvement syndical.
Pour les travailleurs domestiques
Une petit nombre de gens présents au Congrès de la CES, et en particulier dans la délégation CSC, sont déjà en train de penser à la Conférence de Genève de l’Organisation Internationale du Travail, qui débutera fin mai. En perspective, notamment, l’adoption d’une nouvelle convention internationale pour les droits des travailleurs domestiques. Cela ne se passera pas sans mal.
C’est pour cela que l’intervention de Pia Stalpaert, la nouvelle présidente de la CSC Alimentation et Services, parlant ici au nom de la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme (EFFAT), est tombée à point. Son message était bref, mais fort: “cette convention doit être adoptée », a-t-elle dit. Mais pour y arriver, il faut que tous les syndicats nationaux, dans toute l’Europe, fassent pression avec force sur leur gouvernement national.
C’est pour cela que l’intervention de Pia Stalpaert, la nouvelle présidente de la CSC Alimentation et Services, parlant ici au nom de la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme (EFFAT), est tombée à point. Son message était bref, mais fort: “cette convention doit être adoptée », a-t-elle dit. Mais pour y arriver, il faut que tous les syndicats nationaux, dans toute l’Europe, fassent pression avec force sur leur gouvernement national.
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