vendredi 20 mai 2011
La CSC au 12ème congrès de la CES à Athènes
Un tournant important au cœur de la tempête européenne … et quelques nouveaux visages.
Qui aurait imaginé, quand le Congrès de la CES a été fixé en mai 2011 à Athènes, à quel point cette date et ce lieu seraient au cœur d’une tempête sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne ?
La Grèce a été le premier pays européen à se retrouver au bord de la faillite (danger qui n’est d’ailleurs pas écarté …) et à recevoir à ce titre la visite des experts du FMI pour un plan d’ajustement – un « privilège » qui par le passé avait été réservé aux pays du tiers-monde noyés dans leur dette. Tout comme le Mexique ou l’Argentine par le passé (et malgré que les « purges » imposés soient ici moins dures) le peuple grec a bien des raisons de trouver amère la potion des médecins du FMI (et de la commission européenne) : baisse des salaires et de l’emploi public, hausse des taxes sur les ménages, dans un pays qui était déjà en difficulté, et qui devra consacrer d’énormes moyens à rembourser une dette que les citoyens grecs ne voient pas comme la leur … Après les remarques blessantes de certains dirigeants européens sur les pays du « club Med », le refinancement (cher payé) de la dette grecque fait grincer les dents ici, et rend l’Europe très impopulaire. Au point que les délégués au Congrès de la CES ont été accueillis par quelques dizaines de manifestant qui nous criaient « bureaucrates de la CES, go home » … C’est une expérience inhabituelle pour nous d’être de ce côté-là de la protestation …
L’agitation est liée au lieu, mais bien plus encore au calendrier. La crise de 2008 a profondément déstabilisé l’Union européenne ; et après que 2009 ait laissé entendre des espoirs de changements profonds (Sarkozy lui-même promettait de réformer le capitalisme, on allait mettre fin à l’arrogance du monde financier, etc) les pires habitudes sont revenues dès 2010 : du côté des entreprises (et des banques en particulier), le profit à n’importe quel prix, et des bonus éhontés pour leurs dirigeants ; et du côté des politiques, faire payer la crise aux travailleurs, avec des plans d’austérité qui aggravent les inégalités et la précarité … et risquent fort de prolonger la crise !
Ces mauvaises réponses ont conduit à douter gravement de la viabilité même de l’Euro – tout comme les récentes gesticulations de S Berlusconi au sujet du soi-disant afflux massif de migrants tunisiens ont fait vaciller les règles de Schengen sur la libre circulation. Mais au lieu de remettre en cause les racines du mal, les dirigeants européens vont encore plus loin dans la mauvaise direction, avec les projets calamiteux de gouvernance économique (voir une réponse possible sur www.oureurope.org – et le débat CSC le 31 mai au soir à Bouge) et le sinistre « Pacte pour l’Euro » que nous avons dénoncé vigoureusement au Heysel le 24 mars.
Dans cette situation exceptionnellement difficile pour l’UE, la CES était elle-même fragilisée par le renouvellement presque total de son équipe dirigeante. Il est difficile d’organiser un événement aussi vaste qu’un Congrès avec près de 1.000 personnes venant de plus de 30 pays, sur base d’une équipe en plein renouvellement, et affaiblie par des départs récents. Pas mal de participants notent d’ailleurs un manque de souffle ou d’enthousiasme dans ce congrès, peut-être à cause de la prudence qu’il a fallu conserver pour l’organiser dans ces conditions-là …
Mais le plus important est l’avenir de la CES : nous sommes, à la CSC, résolument attachés à l’idée d’une Europe socialement intégrée et harmonisée, et à cet outil imparfait mais irremplaçable qu’est la CES. De ce point de vue, il est rassurant de voir que les textes qui sont adoptés sont globalement bons, et que l’action de la CES pourra donc s’appuyer sur des analyses justes et des principes de progrès social. Il est aussi rassurant de voir arriver une nouvelle équipe complète, apparemment unie et déterminée. A sa tête, pour remplacer John Monks dans la fonction éprouvante mais essentielle de Secrétaire Général de la CES, arrive une syndicaliste que nous connaissons bien, à la LBC et à la CNE, et que nous avons toujours eu à cœur de soutenir : Bernadette Ségol, qui était jusqu’hier la responsable de UNI Europe (UNI est l’internationale syndicale des employés et des services). Dans ses responsabilités à UNI, Bernadette a toujours montré une énergie infatigable, un très grand sens de l’écoute et une attention continue à la recherche du consensus dans des équipes ou des instances par nature complexes, internationales et interculturelles. Lors du dernier Congrès de la CNE, elle était venue faire un important discours de clôture, plein d’énergie et de mobilisation pour cette Europe dont elle est une militante passionnée.
Sous la direction de Bernadette, UNI Europe avait joué, il y a quelques années, un rôle important dans la dénonciation des dangers de la directive « Bolkestein » et dans le suivi des conséquences de la directive « services » qui lui a succédé. Espérons qu’autour d’elle la nouvelle équipe qui animera la CES après ce Congrès aura la même efficacité, la même pugnacité et la même unité pour lutter contre les pires dangers du « Pacte pour l’Euro » et de la mauvaise gouvernance économique … Nous comptons beaucoup sur la CES (et sur Bernadette et son équipe) : elle sait aussi qu’elle pourra compter sur la CSC !
Felipe Van Keirsbilck
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