« Cela fait plusieurs mois que nous agissons pour contrer le projet de gouvernance économique discuté actuellement au Conseil et au Parlement européens. Nous avons exigé que soit préservée la liberté de négociation collective sur les salaires, nous avons demandé de rééquilibrer la dynamique économique en Europe et d’empêcher la mise en place de règles qui consacreraient une Europe de l’austérité perpétuelle, mettant ainsi en danger le financement de la sécurité sociale, des services publics, et des investissements publics indispensables à la croissance durable de demain.
Grâce à la coordination de la CES, les différents syndicats ont eu la possibilité d’agir de leur côté en faisant pression sur leur gouvernement et leurs parlementaires.
Cela a en partie porté ses fruits, puisque plusieurs amendements allant dans le bon sens ont été adoptés lors du vote en commission ECON du Parlement Européen. La proposition législative sur le mécanisme de surveillance des déséquilibres macroéconomiques inclut, dans la version du Parlement, une clause spécifiant que le règlement ne peut affecter le droit de négocier, de conclure et de mettre en œuvre des conventions collectives. De plus, un amendement dans la partie préventive du mécanisme de supervision exclut explicitement les salaires des recommandations de la Commission, qui ne sont pas de la compétence de l’Union.
Ces amendements représentent des avancées réelles, mais ils sont loin d’être suffisants. Notamment, les salaires doivent être davantage protégés de toute interférence au niveau européen parce que des incertitudes juridiques persistent. De plus, le Parlement Européen a généralement été encore plus strict que la Commission sur la maîtrise des déficits et des dettes publiques. Non seulement les avancées restent insuffisantes, mais il n’est pas sûr qu’elles survivront à la négociation en trilogue entre la Commission, le Conseil et le Parlement, qui a débuté début mai.
Nous souhaitons donc appuyer vivement le paragraphe 30 du plan d’action : « la CES, ses affiliés et les fédérations syndicales doivent se mobiliser d’urgence. Il faut sensibiliser l’opinion publique, mobiliser nos membres, lancer un débat public et attirer l’attention des médias et des politiciens sur la question de la gouvernance économique ». Il nous reste à peine un mois pour agir, il n’y a donc plus de temps à perdre.
Les syndicats belges ont, pour leur part, repris leurs contacts avec les hommes politiques et les parlementaires belges pour faire le point suite au vote au Parlement Européen. Nous demandons instamment aux collègues qui ne l’ont pas encore fait de mettre tout en œuvre pour reculer le vote en plénière du mois de juin et de faire pression sur leur gouvernement pour la discussion au Conseil. Le nouveau Secrétariat doit faire de ces actions à court terme une priorité absolue dans les semaines qui viennent.
Il y a au moins deux raisons pour lesquelles tous les syndicats européens doivent agir.
Tous seront concernés un jour ou l’autre par cette nouvelle règlementation, que ce soit au niveau de l’encadrement des salaires ou de l’austérité budgétaire renforcée. Même ceux qui, comme nous, ont reçu des garanties de leur gouvernement : les majorités politiques changent, et ces garanties pourraient bien disparaître dans le futur alors que le dispositif européen reste lui, bel et bien là. Nous sommes face à un véritable rouleau compresseur !
Mais au-delà de ces intérêts nationaux, nous nous devons d’agir pour concrétiser au niveau européen la première des valeurs syndicales, l’esprit de solidarité.
En agissant, nous sommes solidaires des travailleurs et citoyens des pays européens qui vont payer très vite le prix fort de ces différents mécanismes de supervision.
Nous avons une véritable ambition pour l’Europe, et c’est pour cela que nous voulons une autre Europe »
Claude Rolin
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