mercredi 8 juin 2011

Impression générale : où est l’Europe ?

S’il y a une impression qui domine cette Conférence, c’est bien la timidité de l’Europe, qui donne franchement l’impression d’avoir perdu ses repères, ses valeurs.

C’est probablement dans le domaine de la sécurité sociale, le plus général et le plus politique des sujets à l’ordre du jour, que cela apparaît avec le plus d’acuité.

On a expliqué ailleurs sur ce blog (voir : l’OIT et la Sécurité sociale) que le groupe des employeurs avait essayé de récuser les excellents rapports établis par le BIT, qui voient une réelle « fenêtre d’opportunité » pour réaffirmer les valeurs de la sécurité sociale après deux décennies de stagnation liées à la vague néo-libérale. Leur argument était que le BIT essayait d’exporter un « modèle européen » à des pays qui n’en ont que faire. Or, les uns après les autres,la grande majorité des gouvernements se sont au contraire affirmés tout à fait intéressés par cette approche. Avec parfois des accents passionnés agréables à entendre dans une enceinte internationale plutôt compassée, notamment de la part de pays d’Amérique latine (l’Argentine, le Brésil, le Chili, l’Uruguay) ou des pays d’Afrique du Nord récemment « libérés » (Tunisie, Egypte). Avec généralement un vocabulaire plus convenu, mais non moins clair, de la part des pays « émergents » d’Asie, au premier rang desquels la Chine, l’Inde et la Corée.

Dans ce concert, l’Union européenne s’est distinguée par une déclaration très « H²O » (incolore, inodore, insipide). On aurait pu croire que c’était lié au fait que l’Union est représentée par le gouvernement très conservateur de la Hongrie, voire à la personnalité de la porte-parole. Mais selon des témoignages concordants, la porte-parole s’est au contraire évertuée à adoucir les angles devant des positions très dures de pays commele Royaume Uni, voire l’Allemagne et les Pays-Bas.

Pour reparler des rapports du BIT, certains de leurs « mauvais points » concernaient des éléments de programmes néo-libéraux imposés aux pays du Tiers Monde, notamment le cas emblématique des pensions privées au Chili. Mais plusieurs autres concernaient la marchandisation des soins de santé, la foi aveugle accordées aux pensions privées en capitalisation, voire la dilution de la notion d’emploi convenable par certaines politiques dites d’Etat social actif, et d’autres aspects, bel et bien caractéristiques de la politique européenne des dernières années.

Des anecdotes du même type fusent des autres commissions.

A la commission du travail domestique, la CSC est représentée par Pia Stalpaert, de la CSC Alimentation et Service, mais aussi par sœur Jeanne Devos, une religieuse bien connue pour avoir créé en Inde un syndicat de travailleurs domestiques. Selon le compte-rendu des travaux par la porte-parole du groupe des travailleurs, une syndicaliste de Singapour, les principales objections contre une convention destinée à établir un socle mondial de protection des travailleurs domestiques, proviendraient de l’Union européenne, a priori la partie du monde la plus avancée dans le domaine ! Cela se traduit, bien évidemment, par une perte d’influence des syndicats européens dans le groupe des travailleurs, au profit, encore une fois, de l’Amérique latine et de l’Asie.

A la Commission des Normes, a été évoquée une plainte des syndicats grecs contre les mesures d’austérité négociées en 2010 par le gouvernement avec les pays de la zone Euro et leFMI, notamment des réductions de salaires dans la fonction publique et des restrictions sensibles dans les pensions. Le gouvernement grec, confronté à des échéances financières à court terme, semble faire profil bas, à un moment où les journaux européens distillent jusqu’à la nausée des anecdotes juteuses sur la gabegie grecque (des pensions payées à des bénéficiaires décédés ; l’incapacité de l’Etat à privatiser « dans de bonnes conditions » des entreprises publiques), qui ressemblent furieusement aux attaques venues naguère de Flandre sur les « abus wallons » dans la sécuritésociale.

Car, en l’occurrence, il semble bien que le FMI ait bon dos : les positions de négociation les plus dures ne semblent pas venir de cette institution internationale, volontiers diabolisée comme l'incarnation du néo-libéralisme, mais des gouvernements « frères » de la zone Euro, qui semblent bien dominés par une droite qui ne mérite même plus d’être appelée « libérale ».

vendredi 20 mai 2011

La CSC au 12ème congrès de la CES à Athènes


Un tournant important au cœur de la tempête européenne … et quelques nouveaux visages.


Qui aurait imaginé, quand le Congrès de la CES a été fixé en mai 2011 à Athènes, à quel point cette date et ce lieu seraient au cœur d’une tempête sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne ?
La Grèce a été le premier pays européen à se retrouver au bord de la faillite (danger qui n’est d’ailleurs pas écarté …) et à recevoir à ce titre la visite des experts du FMI pour un plan d’ajustement – un « privilège » qui par le passé avait été réservé aux pays du tiers-monde noyés dans leur dette. Tout comme le Mexique ou l’Argentine par le passé (et malgré que les « purges » imposés soient ici moins dures) le peuple grec a bien des raisons de trouver amère la potion des médecins du FMI (et de la commission européenne) : baisse des salaires et de l’emploi public, hausse des taxes sur les ménages, dans un pays qui était déjà en difficulté, et qui devra consacrer d’énormes moyens à rembourser une dette que les citoyens grecs ne voient pas comme la leur … Après les remarques blessantes de certains dirigeants européens sur les pays du « club Med », le refinancement (cher payé) de la dette grecque fait grincer les dents ici, et rend l’Europe très impopulaire. Au point que les délégués au Congrès de la CES ont été accueillis par quelques dizaines de manifestant qui nous criaient « bureaucrates de la CES, go home » … C’est une expérience inhabituelle pour nous d’être de ce côté-là de la protestation …
L’agitation est liée au lieu, mais bien plus encore au calendrier. La crise de 2008 a profondément déstabilisé l’Union européenne ; et après que 2009 ait laissé entendre des espoirs de changements profonds (Sarkozy lui-même promettait de réformer le capitalisme, on allait mettre fin à l’arrogance du monde financier, etc) les pires habitudes sont revenues dès 2010 : du côté des entreprises (et des banques en particulier), le profit à n’importe quel prix, et des bonus éhontés pour leurs dirigeants ; et du côté des politiques, faire payer la crise aux travailleurs, avec des plans d’austérité qui aggravent les inégalités et la précarité … et risquent fort de prolonger la crise !
Ces mauvaises réponses ont conduit à douter gravement de la viabilité même de l’Euro – tout comme les récentes gesticulations de S Berlusconi au sujet du soi-disant afflux massif de migrants tunisiens ont fait vaciller les règles de Schengen sur la libre circulation. Mais au lieu de remettre en cause les racines du mal, les dirigeants européens vont encore plus loin dans la mauvaise direction, avec les projets calamiteux de gouvernance économique (voir une réponse possible sur www.oureurope.org – et le débat CSC le 31 mai au soir à Bouge) et le sinistre « Pacte pour l’Euro » que nous avons dénoncé vigoureusement au Heysel le 24 mars.
Dans cette situation exceptionnellement difficile pour l’UE, la CES était elle-même fragilisée par le renouvellement presque total de son équipe dirigeante. Il est difficile d’organiser un événement aussi vaste qu’un Congrès avec près de 1.000 personnes venant de plus de 30 pays, sur base d’une équipe en plein renouvellement, et affaiblie par des départs récents. Pas mal de participants notent d’ailleurs un manque de souffle ou d’enthousiasme dans ce congrès, peut-être à cause de la prudence qu’il a fallu conserver pour l’organiser dans ces conditions-là …
Mais le plus important est l’avenir de la CES : nous sommes, à la CSC, résolument attachés à l’idée d’une Europe socialement intégrée et harmonisée, et à cet outil imparfait mais irremplaçable qu’est la CES. De ce point de vue, il est rassurant de voir que les textes qui sont adoptés sont globalement bons, et que l’action de la CES pourra donc s’appuyer sur des analyses justes et des principes de progrès social. Il est aussi rassurant de voir arriver une nouvelle équipe complète, apparemment unie et déterminée. A sa tête, pour remplacer John Monks dans la fonction éprouvante mais essentielle de Secrétaire Général de la CES, arrive une syndicaliste que nous connaissons bien, à la LBC et à la CNE, et que nous avons toujours eu à cœur de soutenir : Bernadette Ségol, qui était jusqu’hier la responsable de UNI Europe (UNI est l’internationale syndicale des employés et des services). Dans ses responsabilités à UNI, Bernadette a toujours montré une énergie infatigable, un très grand sens de l’écoute et une attention continue à la recherche du consensus dans des équipes ou des instances par nature complexes, internationales et interculturelles. Lors du dernier Congrès de la CNE, elle était venue faire un important discours de clôture, plein d’énergie et de mobilisation pour cette Europe dont elle est une militante passionnée.
Sous la direction de Bernadette, UNI Europe avait joué, il y a quelques années, un rôle important dans la dénonciation des dangers de la directive « Bolkestein » et dans le suivi des conséquences de la directive « services » qui lui a succédé. Espérons qu’autour d’elle la nouvelle équipe qui animera la CES après ce Congrès aura la même efficacité, la même pugnacité et la même unité pour lutter contre les pires dangers du « Pacte pour l’Euro » et de la mauvaise gouvernance économique … Nous comptons beaucoup sur la CES (et sur Bernadette et son équipe) : elle sait aussi qu’elle pourra compter sur la CSC !


Felipe Van Keirsbilck

mercredi 18 mai 2011

Congrès CES d’Athènes, plus de femmes à la manœuvre !

En 2007, lors du précédent Congrès de la CES de Séville, le Comité des Femmes attire l’attention des organisations membres à la question de la participation des femmes à l’action syndicale de la CES. Le constat est clair, trop peu de femmes mandatées, encore beaucoup d’effort à entreprendre pour atteindre une réelle égalité entre hommes et femmes. A l’instar de la charte du gender mainstreaming des trois organisations syndicales belges, une charte CES du gender mainstreaming dans les syndicats y est adoptée.

Les quatre années qui suivent ce congrès sont riches en travaux en faveur de l’égalité de genre. La question prend une dimension plus transversale. La CES procède à une enquête annuelle auprès de ses organisations sur la présence des femmes dans les instances des organisations et sur l’aspect « genre » dans les grands domaines sociaux et syndicaux. Un cycle de conférence est organisé sur la promotion de la place des femmes dans les instances décisionnelles.
Nous voici en 2011 et le Congrès CES d’Athènes nous démontre que le travail initié par le Comité des Femmes a porté ses fruits. Le congrès compte plus de 40% de représentantes et les femmes ont particulièrement été les porte-paroles de leurs organisations.

Lors du renouvellement du secrétariat, la question de la représentation des femmes a été prise en considération. Le nouveau secrétariat élu ce 18 mai compte une secrétaire générale et trois secrétaires confédérales sur 7 postes au total.
Incontestablement, la nouvelle équipe en place nous porte à croire que l’égalité de genre dans le domaine social et syndical restera une priorité importante pour la CES.

La Grèce a besoin d'air pour respirer

Nous avons demandé à Guy Van Gyes, chercheur à HIVA (un institut de recherche qui étudie les questions liées au travail), qui collabore étroitement avec la CSC, de nous donner ses impressions sur le Congrès.

« Athènes, une vraie ville du Sud avec le blanc de ses maisons et le bleu ensoleillé du ciel. Surtout au printemps, quand la ville n’est pas encore écrasée sous la chaleur de l’été. Pour un visiteur du Nord, ces aspects de la ville sont très agréables. Mais très vite, on réalise que la situation dans la ville est trouble. Partout des policiers. Le journal parlé grec annonce que des bandes de jeunes ultranationalistes ont attaqué des immigrants dans les bas quartiers de la ville. 25 blessés.

Les raisons de ces troubles croissants sont faciles à identifier. Un collègue universitaire grec nous a raconté les conséquences des politiques de crise pour le travailleur moyen. Il faut savoir que la Grèce – dont la population est équivalente à celle de la Belgique – est un pays dont les salaires sont assez bas, avec des problèmes sur le marché du travail dont la gravité surprend. Au début de la crise, le pays comptait 640.000 chômeurs ; 700.000 travailleurs avec un statut flexible et, d’après les estimations, environ un million de travailleurs dans le secteur informel (le travail au noir). On s’attend à ce qu'à la fin de l’année, le chômage touche 1.140.000 personnes. Plus d’un jeune (moins de 35 ans) sur trois est au chômage. Les allocations de chômage sont versées pendant maximum un an et sont fixées forfaitairement à 55% du salaire minimum national. Environ 45% des travailleurs sans emplois seulement reçoit encore une allocation.

Le temps de travail a été augmenté à 40 heures. Dans le secteur public, les réductions de salaire ont été jusqu’à 25%. Dans le secteur privé, les salaires stagnent complètement, et on remet en question les règles de licenciement et la rémunération des heures supplémentaires. Ces heures supplémentaires sont, pour beaucoup de gens, indispensables pour finir le mois. Un grand nombre de contrats à temps plein ont été convertis en contrats à temps partiel (avec la perte de revenus qui s’en suit). Avant la crise, l’évolution des salaires était fortement déterminée par des négociations nationales, interprofessionnelles, sur le salaire minimum. Aujourd’hui, les entreprises ont la possibilité de se soustraire aux conventions collectives sectorielles et autres.

Baisse de l’emploi, baisse de la rémunération du travail, hausse de la précarité du travail… Dans un sondage, sept jeunes grecs avec un diplôme universitaire sur dix déclarent qu’ils recherchent un travail à l’étranger, cherchant à échapper à cette situation catastrophique. »

C’est ça, le projet de gouvernance économique qu’on essaie de nous vendre au niveau européen…

Rien ne peut être durable sans les syndicats

La CES a commencé ce Congrès avec un « Prix pour les services rendus à l’Europe sociale ». Le premier à le recevoir est Jacques Delors, qui a présidé la Commission Européenne de 1985 à 1994. Pour les syndicats, il symbolise encore une Europe qui accorde plus d’attention aux préoccupations sociales, d’autant plus qu’après ses mandats, il a continuellement critiqué le cours que prenait l’Europe.
Jacques Delors n’a pas pu venir chercher son prix pour des raisons privés, mais il a fait lire un message fort, avec un appel à une harmonisation fiscale et sociale minimale dans l’union économique et monétaire. Il a souligné trois défis :

D’abord, la volonté de certains pays de revoir le Traité de Schengen suite aux bouleversements politiques en Afrique du Nord, en remettant en question la liberté de circulation au sein de l’Union, que Delors a vivement critiquée.

Ensuite, la politique énergétique européenne. Au lendemain de la catastrophe nucléaire au Japon, il est essentiel de mettre en place une union européenne de l’énergie, exactement comme on a fait pour la monnaie unique.

Enfin, le dialogue social européen, avec un appel aux partenaires sociaux européens pour le redynamiser, dans la même ligne que les propositions intéressantes du Commissaire Barnier en matière de marché intérieur.

Jacques Delors a terminé par un bel appel au syndicalisme européen, qui est le défenseur des intérêts matériels et moraux des travailleurs. Sans vous, a conclu Jacques Delors, rien ne peut être durable.

Les inégalités sont un cancer

Mardi soir, nous avons assisté à une deuxième table-ronde sur les inégalités de revenus croissantes en Europe. Y participaient László Andor, commissaire européen pour l’emploi, les affaires sociales et l’égalité des chances, ainsi que Gloria Mills, du comité des femmes de la CES, des représentants syndicaux espagnol, français, luxembourgeois, autrichien, mais aussi belge, puisque Claude Rolin y a participé pour la CSC.

Andor a supris le public en disant que, si les inégalités de revenus ont augmenté depuis une trentaine d’années, elles se sont stabilisées dans les cinq dernières années avant la crise. Il a reconnu qu’il s’agissait d’un chiffre moyen, qui cachait des disparités importantes entre les pays d’Europe. Il a aussi reconnu que les inégalités étaient trop grandes, en faisant notamment référence aux rémunérations hallucinantes et totalement injustifiées des PDG d’entreprise.

Candido Mendez, du syndicat espagnol UGT-E, a riposté que ce que la Commission Européenne dit le matin, elle le contredit l’après-midi, puisque à côté de cela la Commission veut instaurer une gouvernance économique en Europe qui aura pour conséquence d’accroître les inégalités ! (applaudissements).

Claude Rolin a mis en question les chiffres d’Andor, en disant que les inégalités de revenus étaient déjà importantes, et qu’elles se sont encore aggravées dans de nombreux pays, même si, il est vrai, dans une proportion moindre dans d’autres.
C’est justement dans les pays qui peuvent compter sur les stabilisateurs automatiques que sont la sécurité sociale, les services publics, les dispositifs de chômage temporaire pour partager le travail, et aussi les dispositifs de préservation du pouvoir d’achat contre l’inflation (notre système d’indexation, donc), que les inégalités de revenus ont le moins augmenté. Mais au-delà de l’analyse, le plus important est de trouver des solutions pour réduire ces inégalités. Et cela n’est possible qu’en renforçant – et pas en déforçant ! – les dispositifs de redistribution : la fiscalité progressive, avec une base la plus large possible.

Une autre question essentielle, selon Claude Rolin, est ce que nous, en tant que syndicats, pouvons faire sur notre propre terrain, la négociation collective. Les syndicats doivent aussi prendre leurs responsabilités. Et cela commence par l’intégration par le plus de travailleurs possible, y compris les plus vulnérables, dans les syndicats.

Les inégalités de revenus sont un cancer, a conclu Claude Rolin, aussi parce qu’elles sont le terreau du populisme et du totalitarisme.

Andor, malgré qu’il n’a avancé aucune solution concrète pour la lutte contre les inégalités, a quand-même marqué un point en plaidant pour l’introduction d’une taxe sur les transactions financières en Europe, même si elle n’est pas introduite au niveau mondiales, une revendication de longue date du mouvement syndical.

Pour les travailleurs domestiques

Une petit nombre de gens présents au Congrès de la CES, et en particulier dans la délégation CSC, sont déjà en train de penser à la Conférence de Genève de l’Organisation Internationale du Travail, qui débutera fin mai. En perspective, notamment, l’adoption d’une nouvelle convention internationale pour les droits des travailleurs domestiques. Cela ne se passera pas sans mal.

C’est pour cela que l’intervention de Pia Stalpaert, la nouvelle présidente de la CSC Alimentation et Services, parlant ici au nom de la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme (EFFAT), est tombée à point. Son message était bref, mais fort: “cette convention doit être adoptée », a-t-elle dit. Mais pour y arriver, il faut que tous les syndicats nationaux, dans toute l’Europe, fassent pression avec force sur leur gouvernement national.

Youth, we can

Le deuxième jour du Congrès d’Athènes, l’accent a été mis sur l’emploi des jeunes. Dans de nombreux pays européens, l’emploi des jeunes reste élevé. Et là où les jeunes arrivent à se frayer un chemin sur le marché de l’emploi , c’est trop souvent avec des contrats précaires, sans beaucoup de perspectives. De nombreux pays ont témoigné de ce problème tout comme, bien sûr, les responsables jeunes présents ici.

Les chiffres européens parlent d’eux-mêmes: cinq millions de jeunes travailleurs ont perdu leur emploi durant la crise économique et financière. Deux tiers des jeunes travailleurs sont employés avec un contrat à durée déterminée. Le taux de chômage des jeunes va de 22% en France, à 26% en Irlande er jusqu’à 43% en Espagne ! En Allemagne, les contrats précaires pour les jeunes prolifèrent. Il ne s’agit pas seulement des contrats à durée déterminée et intérim classiques, mais aussi de « mini-jobs » avec très peu d’heures de travail, et un nombre important d’heures sous-payées et même non payées. Cela a des conséquences importantes sur le financement de la sécurité sociale, bien sûr.

C’est surtout le comité jeune de la CES, présent ici, qui s’occupe activement de cette thématique. Tom Vrijens de la CSC-jeunes a participé au lancement d'une campagne sur ces questions. Le comité jeune de la CES demande des garanties pour les jeunes : pour chaque jeune, un droit au travail, à l’enseignement et à la formation. Ces idées se retrouvent dans la stratégie « Youth on the move » de la Commission Européenne, dans le cadre d’Europe 2020. Mais ces belles paroles semblent sérieusement mises en doute par les décisions que les pays européens sont en train de prendre, avec la Commission et le Parlement, dans le cadre de la gouvernance économique, puisque le type de gouvernance sur la table se traduira par plus d’austérité pour les budgets publics !

Des nouveaux visages à la CES

Athènes, le 16 mai, Felipe Van Keirsbilck (Secrétaire général de la CNE)

Dans cette situation exceptionnellement difficile pour l’UE, la CES était elle-même fragilisée par le renouvellement presque total de son équipe dirigeante. Il est difficile d’organiser un événement aussi vaste qu’un Congrès avec près de 1.000 personnes venant de plus de 30 pays, sur base d’une équipe en plein renouvellement, et affaiblie par des départs récents. Pas mal de participants notent d’ailleurs un manque de souffle ou d’enthousiasme dans ce congrès, peut-être à cause de la prudence qu’il a fallu conserver pour l’organiser dans ces conditions-là …

Mais le plus important est l’avenir de la CES : nous sommes, à la CSC, résolument attachés à l’idée d’une Europe socialement intégrée et harmonisée, et à cet outil imparfait mais irremplaçable qu’est la CES. De ce point de vue, il est rassurant de voir que les textes qui sont adoptés sont globalement bons, et que l’action de la CES pourra donc s’appuyer sur des analyses justes et des principes de progrès social. Il est aussi rassurant de voir arriver une nouvelle équipe complète, apparemment unie et déterminée. A sa tête, pour remplacer John Monks dans la fonction éprouvante mais essentielle de Secrétaire Général de la CES, arrive une syndicaliste que nous connaissons bien, à la LBC et à la CNE, et que nous avons toujours eu à cœur de soutenir : Bernadette Ségol, qui était jusqu’hier la responsable de UNI Europe (UNI est l’internationale syndicale des employés et des services). Dans ses responsabilités à UNI, Bernadette a toujours montré une énergie infatigable, un très grand sens de l’écoute et une attention continue à la recherche du consensus dans des équipes ou des instances par nature complexes, internationales et interculturelles. Lors du dernier Congrès de la CNE, elle était venue faire un important discours de clôture, plein d’énergie et de mobilisation pour cette Europe dont elle est une militante passionnée.

Sous la direction de Bernadette, UNI Europe avait joué, il y a quelques années, un rôle important dans la dénonciation des dangers de la directive « Bolkestein » et dans le suivi des conséquences de la directive « services » qui lui a succédé. Espérons qu’autour d’elle la nouvelle équipe qui animera la CES après ce Congrès aura la même efficacité, la même pugnacité et la même unité pour lutter contre les pires dangers du « Pacte pour l’Euro » et de la mauvaise gouvernance économique …

Nous comptons beaucoup sur la CES (et sur Bernadette et son équipe) : elle sait aussi qu’elle pourra compter sur la CSC !

Un tournant important au cœur de la tempête européenne…

Felipe Van Keirsbilck fait partie de la délégation CSC. C’est lui qui dirige la CNE, notre centrale des employés. Nous lui avons demander de nous donner ses impressions du Congrès.

"Qui aurait imaginé, quand le Congrès de la CES a été fixé en mai 2011 à Athènes, à quel point cette date et ce lieu seraient au cœur d’une tempête sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne ?

La Grèce a été le premier pays européen à se retrouver au bord de la faillite (danger qui n’est d’ailleurs pas écarté …) et à recevoir à ce titre la visite des experts du FMI pour un plan d’ajustement – un « privilège » qui par le passé avait été réservé aux pays du tiers-monde noyés dans leur dette. Tout comme le Mexique ou l’Argentine par le passé (et malgré que les « purges » imposés soient ici moins dures) le peuple grec a bien des raisons de trouver amère la potion des médecins du FMI (et de la commission européenne) : baisse des salaires et de l’emploi public, hausse des taxes sur les ménages, dans un pays qui était déjà en difficulté, et qui devra consacrer d’énormes moyens à rembourser une dette que les citoyens grecs ne voient pas comme la leur … Après les remarques blessantes de certains dirigeants européens sur les pays du « club Med », le refinancement (cher payé) de la dette grecque fait grincer les dents ici, et rend l’Europe très impopulaire. Au point que les délégués au Congrès de la CES ont été accueillis par quelques dizaines de manifestants qui nous criaient « bureaucrates de la CES, go home » … C’est une expérience inhabituelle pour nous d’être de ce côté-là de la protestation …

L’agitation est liée au lieu, mais bien plus encore au calendrier. La crise de 2008 a profondément déstabilisé l’Union européenne ; et après que 2009 ait laissé entendre des espoirs de changements profonds (Sarkozy lui-même promettait de réformer le capitalisme, on allait mettre fin à l’arrogance du monde financier, etc) les pires habitudes sont revenues dès 2010 : du côté des entreprises (et des banques en particulier), le profit à n’importe quel prix, et des bonus éhontés pour leurs dirigeants ; et du côté des politiques, faire payer la crise aux travailleurs, avec des plans d’austérité qui aggravent les inégalités et la précarité … et risquent fort de prolonger la crise !

Ces mauvaises réponses ont conduit à douter gravement de la viabilité même de l’Euro – tout comme les récentes gesticulations de Silvio Berlusconi au sujet du soi-disant afflux massif de migrants tunisiens ont fait vaciller les règles de Schengen sur la libre circulation. Mais au lieu de remettre en cause les racines du mal, les dirigeants européens vont encore plus loin dans la mauvaise direction, avec les projets calamiteux de gouvernance économique (voir une réponse possible sur www.oureurope.org – et le débat CSC le 31 mai au soir à Bouge) et le sinistre « Pacte pour l’Euro » que nous avons dénoncé vigoureusement au Heysel le 24 mars."

Femmes, à l'offensive!



Comité des Femmes de la CES: les femmes se préparent à l'offensive!

mardi 17 mai 2011

En désaccord avec Ecofin

Le Congrès de la CES tombe en même temps qu’un important Conseil des ministres des finances et de l’économie européen (Ecofin), le 16 et 17 mai. Ce Conseil devait déterminer le mandat du Conseil Européen lors de la négociation entre le Parlement, le Conseil et la Commission européenne sur les six propositions législatives relatives à la gouvernance économique, qui risque d’imposer une discipline économique et budgétaire sévère en Europe. Le Congrès de la CES a donc envoyé un signal d’Athènes aux Ministres des Finances, suffisamment fort et à temps. Le Congrès a donc été saisi d’une proposition de résolution en dernière minute, mais celle-ci a été adoptée sans problème à l’unanimité.

Les quatre messages clés de cette résolution étaient:

- La préservation des améliorations apportées par le vote en commission du Parlement Européen, en particulier en ce qui concerne le contrôle de la formation des salaires ;

- Des améliorations au texte, en particulier dans la partie sur la maîtrise des déficits budgétaires, qui reste beaucoup trop axée sur les réductions de dépenses publiques et laisse trop peu de marge pour les investissements futurs ;

- Arrêter les programmes nationaux d’assainissement qui font payer aux travailleurs principalement le prix d’une crise qu’ils n’ont pas provoquée : ils font plus de mal que de bien ;

- Et pas question de toucher au système de formation des salaires et à la négociation collective, ils sont de la compétence des partenaires sociaux.

Et enfin: “la formation des salaires, c’est notre boulot, pas le boulot des décideurs européens”.

Voir le texte complet http://www.etuc.org/IMG/pdf/2011-05-16_Draft_Emergency_Resolution_Greece_ECOFIN-doc_1_.pdf

Reste à savoir si cela va influencer les discussions des Ministres des Finances au comité Ecofin. Ce n’est pas pour rien que les syndicats européens essaient que les décisions ne se prennent plus au sein d’Ecofin, parce que là siègent les tenants les plus durs de l’idéologie néolibérale. Il faudrait en tout cas au moins que les ministres « sociaux » (de l’Emploi et des Affaires sociales) puissent intervenir dans le processus. Mais bon, on verra ça mardi.

I’ll always be with you

Nous avons vécu un beau moment lundi, lorsque le Congrès de la CES a rendu hommage aux quatre dirigeants de la CES qui, pour des raisons diverses, n’ont pas pu terminer leur mandat de quatre ans. Maria Helena André est celle qui a été la plus remarquée et la plus chaleureusement accueillie, tant par John Monks que par la salle, pour marquer la reconnaissance du mouvement syndical européen pour sa précieuse contribution. Fin 2009, elle a accepté le poste de Ministre de l’Emploi du Portugal fin 2009 au sein du nouveau gouvernement. Probablement le pire emploi du monde, d’après John Monks, parce qu’à peine elle était nommée, le Portugal est entré dans la tempête, comme la Grèce et l’Irlande. Maria Helena a donc dû imposer aux travailleurs et chômeurs un plan d’assainissement brutal. Elle s’attendait certainement à autre chose que cela. En tout cas, elle a déclaré lors du Congrès, avec l’engagement qui l’a toujours caractérisée, « I’ll be with you ».

Un pudding immangeable

Heureusement, la succession interminable d’interventions sur les résolutions de Congrès est régulièrement interrompue par une intéressante table ronde. Ce matin, nous en avons eu une sur la crise financière : comment éviter que les travailleurs en paient le prix ? Les interventions les plus marquantes ont été celles de Jack O’Connor, le président du TUC irlandais. Il a donné un témoignage de première main sur les graves conséquences de la crise en Irlande, mais aussi sur les politiques d’assainissement drastiques que les travailleurs irlandais doivent subir, grâce au FMI et à la Commission Européenne. Cette politique d’assainissement n’a fait qu’aggraver les choses.

Comme l’a dit O’Connor dans un style bien irlandais, « the proof of the pudding is in the eating . Hé bien nous, Irlandais, nous en avons goûté. Et le goût en est horrible. Sur ce, il a critiqué vertement la focalisation de la croissance irlandaise sur les exportations. L’Irlande a été le dernier pays à connaître une grande expansion de ses exportations, mais malheureusement sans croissance, plutôt même avec une décroissance. Pourquoi ? Parce que les prestations à l’exportations n’ont pas pu compenser l’affaiblissement de la consommation intérieure, du fait des mesures d’assainissement brutal qui ont fait chuter la confiance des consommateurs. Et on peut observer le même phénomène dans d’autres pays, comme le Portugal et la Grèce.

O’Connor a reçu un soutien total de Frank Bsirkske, le président de Ver.di, le grand syndicat allemand des services publics. En Belgique, on entend souvent que nous devrions prendre exemple sur les syndicats allemands qui, en bonne concertation avec les employeurs , prennent leurs responsabilités en acceptant une politique courageuse qui a permis à l’Allemagne de réaliser un « miracle économique ». Nous n’avons pas entendu grand-chose de ce grand pacte allemand. Il a critiqué aussi fortement que son collègue irlandais un modèle de croissance unilatéral, basé sur le renforcement des exportations, dans le cas de l’Allemagne par une politique de dumping salarial forte et un démantèlement du marché du travail allemand.

DSK en plein discrédit

Entre les sessions, on a heureusement le temps de parler de toutes sortes de choses. Le sujet le plus populaire : Dominique Strauss-Kahn, le chef du FMI, qu’on connait désormais sous le nom de DSK. Nous étions sur le point de partir à Athènes lorsque la nouvelle d’un scandale sexuel est tombée. Ça a quand-même provoqué une petite onde de choc. DSK était vu par le mouvement syndical international comme la personne qui allait donner une autre impulsion au FMI, loin du consensus néolibéral honnis de Washington. Et cela, même s’il semblait très difficile de faire évoluer le lourd appareil du FMI dans ce sens.

Différents participants au Congrès ici l’avaient entendu l’année dernière au Congrès de la Confédération Syndicale Internationale à Vancouver, où il avait fait très bonne impression. Mais du FMI, les Grecs en savent quelque chose. Et de DSK encore plus, puisque il est venu personnellement l’année dernière à Athènes pour élaborer avec la Commission Européenne et la premier ministre Papandreou le premier plan d’assainissement de la Grèce. Les Français en parlent aussi constamment, puisque DSK est depuis longtemps pressenti pour défier Sarkozy aux élection présidentielles de l’année prochaine.

Cet incident dans un hotel de New York reste une histoire étrange. Mais que cela soit vrai ou pas, le mouvement syndical international et européen risquent ici de perdre un allié.

Bandes de syndicrates!

16/05/2011

Hier, la délégation de la CSC est bien arrivée à Athènes. Sur la route de l’aéroport en ville, nous avons reçu un accueil chaleureux de l’extrême gauche grecque, qui avaient placardé de nombreuses affiches contre les bureaucrates de la CES. Ce matin, un comité d’accueil du PAME (l’All Workers Militant Front, la branche grecque du syndicat international communiste WFTU), petit mais bruyant, nous attendait devant le bâtiment du Congrès, de l’autre côté de la rue. Près de l’entrée, des policiers en grand nombre, arrosés par des centaines de tracts, avec toujours le même slogan cynique : « Bureaucrates de la CES, rentrez chez vous » !

En tant que Belges, tout cela paraît étrange. L’extrême gauche chez nous ne s’attaque pas aux syndicats, elle se voit surtout comme une force d’interpellation vis-à-vis d’eux. Ces dernières années, les manifestations se sont succédées, rassemblant bien plus de gens que ceux du trottoir d’en face de ce matin. On n’y a jamais prêté plus d’attention que cela. Le problème du syndicalisme européen est peut-être moins sa capacité à mobiliser que sa capacité à déployer une stratégie adéquate au sein des institutions européennes, en coordination avec les syndicats nationaux.

Intervention de Claude Rolin sur la gouvernance économique


« Cela fait plusieurs mois que nous agissons pour contrer le projet de gouvernance économique discuté actuellement au Conseil et au Parlement européens. Nous avons exigé que soit préservée la liberté de négociation collective sur les salaires, nous avons demandé de rééquilibrer la dynamique économique en Europe et d’empêcher la mise en place de règles qui consacreraient une Europe de l’austérité perpétuelle, mettant ainsi en danger le financement de la sécurité sociale, des services publics, et des investissements publics indispensables à la croissance durable de demain.
Grâce à la coordination de la CES, les différents syndicats ont eu la possibilité d’agir de leur côté en faisant pression sur leur gouvernement et leurs parlementaires.
Cela a en partie porté ses fruits, puisque plusieurs amendements allant dans le bon sens ont été adoptés lors du vote en commission ECON du Parlement Européen. La proposition législative sur le mécanisme de surveillance des déséquilibres macroéconomiques inclut, dans la version du Parlement, une clause spécifiant que le règlement ne peut affecter le droit de négocier, de conclure et de mettre en œuvre des conventions collectives. De plus, un amendement dans la partie préventive du mécanisme de supervision exclut explicitement les salaires des recommandations de la Commission, qui ne sont pas de la compétence de l’Union.
Ces amendements représentent des avancées réelles, mais ils sont loin d’être suffisants. Notamment, les salaires doivent être davantage protégés de toute interférence au niveau européen parce que des incertitudes juridiques persistent. De plus, le Parlement Européen a généralement été encore plus strict que la Commission sur la maîtrise des déficits et des dettes publiques. Non seulement les avancées restent insuffisantes, mais il n’est pas sûr qu’elles survivront à la négociation en trilogue entre la Commission, le Conseil et le Parlement, qui a débuté début mai.
Nous souhaitons donc appuyer vivement le paragraphe 30 du plan d’action : « la CES, ses affiliés et les fédérations syndicales doivent se mobiliser d’urgence. Il faut sensibiliser l’opinion publique, mobiliser nos membres, lancer un débat public et attirer l’attention des médias et des politiciens sur la question de la gouvernance économique ». Il nous reste à peine un mois pour agir, il n’y a donc plus de temps à perdre.

Les syndicats belges ont, pour leur part, repris leurs contacts avec les hommes politiques et les parlementaires belges pour faire le point suite au vote au Parlement Européen. Nous demandons instamment aux collègues qui ne l’ont pas encore fait de mettre tout en œuvre pour reculer le vote en plénière du mois de juin et de faire pression sur leur gouvernement pour la discussion au Conseil. Le nouveau Secrétariat doit faire de ces actions à court terme une priorité absolue dans les semaines qui viennent.
Il y a au moins deux raisons pour lesquelles tous les syndicats européens doivent agir.
Tous seront concernés un jour ou l’autre par cette nouvelle règlementation, que ce soit au niveau de l’encadrement des salaires ou de l’austérité budgétaire renforcée. Même ceux qui, comme nous, ont reçu des garanties de leur gouvernement : les majorités politiques changent, et ces garanties pourraient bien disparaître dans le futur alors que le dispositif européen reste lui, bel et bien là. Nous sommes face à un véritable rouleau compresseur !

Mais au-delà de ces intérêts nationaux, nous nous devons d’agir pour concrétiser au niveau européen la première des valeurs syndicales, l’esprit de solidarité.
En agissant, nous sommes solidaires des travailleurs et citoyens des pays européens qui vont payer très vite le prix fort de ces différents mécanismes de supervision.
Nous avons une véritable ambition pour l’Europe, et c’est pour cela que nous voulons une autre Europe »
Claude Rolin

jeudi 12 mai 2011

Gouvernance économique : rien n'est gagné !

Au mois de mars, la CSC a lancé la campagne «Help Heinrich» pour protester contre la tournure inacceptable prise par le projet européen de renforcement de la coordination des politiques économiques.
La CSC, avec la CES, a toujours soutenu une coordination européenne par le haut pour assurer de bons salaires et de bonnes conditions de travail aux travailleurs,des recettes fiscales suffisantes aux Etats, une sécurité sociale digne de ce nom aux citoyens.
Mais avec les problèmes de certains pays de la zone euro (la Grèce et l’Irlande notamment) sur les marchés financiers, les discours se sont plutôt radicalisés dans
l’autre sens. On parle d’une modération salariale dans toute l’Europe, d’une flexibilisation du marché du travail et de plus d’austérité budgétaire encore, au détriment du financement de la sécurité sociale et des services publics.

Les syndicats marquent des points. Actuellement, le Parlement européen et le Conseil européen (qui rassemble les dirigeants des Etats membres) discutent de six propositions législatives pour arriver à une plus grande coordination des politiques économiques.

On y retrouve les mêmes recettes:
– austérité budgétaire et application de sanctions plus rapidement aux Etats membres qui ne respectent pas les règles budgétaires européennes;
– coordination des salaires, mais à la baisse.
La CSC, avec la CES, a pris contact avec les membres belges du Parlement européen pour défendre la position des syndicats: les salaires ne sont pas de la compétence de l’Europe. De plus, il serait criminel que des règles trop strictes instaurent une austérité perpétuelle, avec le risque de mettre la sécurité sociale et les services publics en péril, et de menacer les investissements publics qui assurent la croissance de demain.
Les syndicats ont aussi demandé une implication active des partenaires sociaux dans le nouveau processus de surveillance. Le Parlement européen a entendu en partie ce
message. Il a adopté un amendement qui exclut les recommandations sur les salaires lorsque la Commission considère qu’un Etat «se comporte mal». Or, c’est sur la base des recommandations que les sanctions sont appliquées.
Continuer à faire pression. Par contre, l’implication des partenaires sociaux européens dans le processus est marginale. Et le Parlement européen a été encore plus strict que la Commission en ce qui concerne la gestion des budgets publics, ce qui est très inquiétant.
Si tout n’est pas positif, loin de là, les quelques avancées montrent que, même dans un Parlement européen majoritairement à droite, il est possible d’influencer les décisions. Une période de «conciliation» a débuté: le Parlement, le Conseil et la Commission vont tenter de s’accorder sur un texte.
Cette période doit se terminer par un vote au Parlement européen lors de la séance plénière des 22 et 23 juin et par la décision finale du Conseil européen le 24 juin. Des amendements utiles peuvent donc encore tomber! Il se peut aussi que le texte soit carrément rejeté lors du vote en séance plénière!
La CSC va donc continuer, avec le soutien de la CES, à faire pression sur les parlementaires et le gouvernement belges.

Bérengère Dupuis

Continuez à se battre !

Comme syndicalistes, nous avons une ambition pour l’Europe. Comme syndicalistes, nous sommes et nous restons des militants de la construction européenne.
Notre Europe est un espace de paix, un espace de développement économique et social où chacun, chacune peut accéder à un emploi de qualité et à de meilleures conditions de travail et de vie.

Actuellement, sous l’influence de la crise, la gouvernance européenne ne va pas en ce sens. Elle se focalise sur l’économique et le budgétaire et peut se résumer en quelques mots : austérité, attaques sur les pensions ou la protection sociale, diminution des salaires, mise en cause des systèmes d’indexation et de négociations collectives, précarisation de l’emploi, attaques contre les services publics. Cette Europe-là, nous n’en voulons pas. Ce n’est pas notre Europe. Avec la CES, nous l’avons combattue en septembre et en mars à Bruxelles, début avril à Budapest.

Notre action nous a permis de marquer des points. Mais il reste beaucoup à faire. Nous allons donc continuer à nous battre! Nous allons préciser les lignes de notre action au congrès de la CES à Athènes. Puis, nous allons continuer notre combat dans les cénacles politiques et dans la rue.

Un comité communautaire francophone extraordinaire de la CSC, consacré à l’Europe, aura lieu le 31 mai prochain à Bouge. Des actions sont déjà en cours d’organisation la fédération de Charleroi, en front commun, ainsi que dans les fédérations du Luxembourg, de Liège et de Verviers qui s’inscriront dans l’espace européen en les organisant avec les syndicats des pays voisins.

Claude Rolin, secrétaire général de la CSC

mardi 10 mai 2011

Mobiliser pour l'Europe sociale

La Confédération européenne des syndicats se prépare à tenir son douzième congrès, à Athènes, du 16 au 19 mai.

La Confédération européenne des syndicats (CES) tient congrès tous les quatre ans. Le prochain se réunit la semaine prochaine, à Athènes, dans un pays touché de plein fouet par une crise financière et dont l’avenir reste sombre. Le thème du congrès, «Mobiliser pour l’Europe sociale», vient à un moment crucial. La gouvernance économique et la crise dans la zone euro seront au cœur des discussions.

Euroscepticisme croissant

Le congrès va d’abord dresser le bilan de la situation: où en sommes-nous après les dernières décisions du Conseil européen de mars? Comment les pays européens ont-ils réagi face à l’obligation d’établir pour le mois d’avril un programme national de réforme? Ensuite, le congrès va examiner le «paquet» de six propositions législatives européennes pour plus de discipline dans les politiques nationales budgétaires et économiques. Enfin, il se penchera sur la nouvelle vague d’euroscepticisme qui touche à présent des pays comme la Finlande, la Suède et l’Allemagne.

Le congrès va aussi se doter d’une nouvelle équipe dirigeante. Bernadette Segol (actuelle secrétaire régionale d’Uni Europa, la fédération syndicale européenne des travailleurs des secteurs des services et de la communication) succèdera à John Monks comme secrétaire général.

Les congressistes devront alors voter un texte fort, le «Manifeste d’Athènes». La coordination des négociations des CCT (conventions collectives de travail) en Europe focalisera sans doute l’essentiel des débats. Ce dossier concerne la discipline des coûts salariaux, dans le cadre de la gouvernance économique. L’exportation du modèle allemand risque d’enclencher une spirale descendante. Plus encore que par le passé, une coordination de la concertation salariale nationale s’impose au mouvement syndical européen.

L’instauration d’un salaire minimum décent dans tous les pays fait aussi partie du dossier. Les syndicats scandinaves et italiens se montrent très réticents. Ils craignent que le salaire minimum serve d’amorce à une diminution des salaires plus élevés. Ils s’interrogent sur la motivation des travailleurs qui percevront ce salaire à se syndiquer. Enfin, ils estiment que le salaire minimum doit se régler au niveau national, sans quoi les pouvoirs publics risquent de s’immiscer dans la concertation entre partenaires sociaux…

Chris Serroyen